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DS du Mercredi 9 janvier 2008.
L’usage de la raison est-il une garantie contre l’illusion ?
Si raisonner garantissait d’échapper à l’illusion, alors il suffirait de s’éloigner de tout ce qui est du domaine du sensible, du donné, des perceptions pour quitter le réel et se retrouver à coup sûr dans le vrai. Seulement, ce n’est pas le cas, on peut certes, par l’usage de la raison, s’extirper en partie de l’illusion mais celle-ci ne nous quittera jamais complètement et trouvera le moyen de se manifester. Ce sont ces deux points qu’il convient ici d’éclaircir.
L’individu est en permanence entouré de perceptions, de sensations, certains s’y plaisent, d’autres arrivent, en commençant par le « sentiment d’émerveillement » dont parle Bertrand Russel, à faire abstraction de tout ce qui relève du sensible pour laisser la place à la rationalité. Déjà au Vème siècle av.-JC, Socrate luttait par l’usage de l’ironie contre les arguments d’autorité des sophistes, ce qu’explique Maurice Merleau-Ponty. Accusant les orateurs comme le public, Socrate condamne la doxa et ses poncifs présentant le fait qu’une époké est nécessaire, Jankélévitch parle lui d’une prise de conscience, pour entamer le parcours dialectique afin de fuir la « tyrannie » des habitudes de pensée qui font d’ailleurs plus pour l’habitude que pour la pensée. C’est Platon qui dans République VII, présente avec l’allégorie de la caverne et l’analogie de la ligne (République VI), l’accès au monde Intelligible. Faire usage de la raison permet donc d’échapper à un empirisme général. Pour ce faire, Descartes dans son Discours de la Méthode, présente le fait que cette entame vers la vérité, peut se faire par un passage au crible du doute de toutes les connaissances acquises ? Ce pyrrhonisme qu’il faut tout de même rationaliser, arrive à faire comprendre que l’individu pouvant douter de tout sauf du fait qu’il doute, se retrouve totalement réductible à son statut de « sujet pensant », « l’étonnement » dont parle Aristote arrive donc au « Je », le « roseau pensant » de Blaise Pascal n’est plus un animal-machine ou un automate, il a, par l‘usage de la raison, su dépasser le simple confort de l’illusion et bien que pour l’individu, l’adaptation sociale soit désormais plus complexe , son entendement, sa réflexion ne peuvent que le conduire à évoluer en tant que sujet. Cette subjectivité va lui permettre de comprendre non seulement le « cosmos » mais également Autrui, ainsi sa prise de conscience lui aura ouvert son conscient (1).
Il arrive cependant que l’usage de la raison aboutisse à des conclusions floues. Socrate parle, dans l’usage de l’ironie et de la maïeutique, de soulever une controverse pour entamer la réflexion. Seulement, il ne faut pas simplement tout contredire pour être dans le Vrai, d’ailleurs cette pratique n’emploie en rien l’usage de la raison (2) ce que les dialogues platoniciens, Phédon et Théétète montrent bien. Plus sérieusement, par l’usage de la raison, l’individu va tenter d’éclairer à son tour le réel, tel un maître à penser. Seulement, il se base bien trop souvent sur une opinion et la mobilité du « cosmos » pour Héraclite et, ou le relativisme pour Nietzsche arrivent vite à stopper sa réflexion. L’individu doit alors faire face à une demande de démonstration valant pour critère de détermination de la Vérité. Comprenant que malgré l’époké, il se trouvait encore malgré tout dans l’illusion, soit l’individu persiste, comme dit Rousseau, dans une attitude infantile, soit il va chercher à démontrer. Il va alors se reporter sur les Sciences qui n’entretenant aucun rapport avec le réel sensible (3) sont censées l’aider, mais la tautologie de cette discipline (4) va vite rendre la démonstration vide, indigente. Les exemples eux-mêmes ici sont inutiles car ce n’est pas en mélangeant des cas particuliers que l’on arrive à dégager l’Universel. L’individu se retrouve coincé entre un retour impossible au relatif et un accès également impossible à l’absolu, ayant quitté l’illusion du réel, grâce à la raison, l’individu par un usage trop approximatif de cet outils a créé lui-même une seconde illusion. En effet, comme le dit Leibniz il faudrait pour pouvoir démontrer, faire abstraction de nos sens, cependant ils font partie intégrante de nous, c’est pourquoi malgré les poncifs du sensible repoussés, l’illusion reste par nos sens omniprésente et garde ainsi quoiqu’il arrive une place dans notre réflexion.
En parallèle à tout ceci, le fait que la prise de conscience ouvre la découverte du conscient amène l’individu à découvrir que parmi toutes les pensées qui lui viennent, certaines ne sont pas désirées, innommables, Leibniz les appellent les « pensées volantes ». Celles-ci sont la manifestation de notre Inconscient (5). Freud, fondateur de la psychanalyse, schématise notre psychisme par le « Moi » qui appartient au Conscient, et le « Sur-Moi » et le « Ca » qui font partie de notre Inconscient qui contient les pulsions de l’individu dont les pulsions sexuelles que Freud regroupe dans le terme de « libido ». Le « Sur-Moi » est la partie qui refoule durant les premières années les frustrations face aux obligations et permet ainsi la vie en société et intègre l’individu dans le Principe de Réalité. Le « Ca » regroupe les pulsions archaïques, les plus anciennes et est ainsi en lien avec le Principe de Plaisir, le narcissisme, le subjectivisme de l’individu (6). L’Inconscient travaille, il est dynamique et cherche à se manifester et y arrive par des symptômes tels que les rêves, les lapsus, les actes manqués, la sublimation. Tout ceci se fait hors du contrôle du « Moi » : « Le Moi n’est pas maître dans sa propre maison » dit Freud et donc quelqu’un qui raisonne sans prêter attention à cette énergie, est dans l’illusion. En effet, étant donné qu’il a « subi » une époké libératrice, l’individu se retrouve hors de l’illusion du sensible et libre de ses pensées du moins il le croît ; car l’Inconscient montre bien par ses manifestations que le Conscient, le « Moi » ne contrôle pas toutes les pensées et qu’un individu qui pense maîtriser son psychisme est dans l’illusion bien qu’il ait pris conscience de celui-ci en échappant au dogmatisme et aux préjugés. Ce passage de la conscience à l’inconscient montre bien que l’usage de la raison, même s’il éloigne en grande partie l’illusion qu’elle soit, n’est en rien une garantie contre cette dernière autant si l’on raisonne extérieurement qu’intérieurement (7).
Certes, l’usage de la raison n’est pas une garantie contre l’illusion cependant ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas raisonner bien au contraire. De plus, la volonté et/ou l’éducation jouent un grand rôle dans nos rapports à l’illusion, un équilibre est possible si nous prenons conscience qu’il est possible de minimiser au maximum, mais également que nous ne pourront jamais nous en défaire. C’est de là que vient le danger pour les habitudes et les controverses vacillantes.
Il m'a d'abord été conseillé par le professeur ne pas aller trop en ce qui concerne mon introduction.
(1) Est-ce bien le sujet ? (2) Préciser.
(3) Pas exactement.
(4) La tautologie ne concerne que les Mathématiques.
(5) Quel rapport ?
(6) Là j'ai pris très cher. Inutile et trop loin de la question.
(7) Quelle différence ?
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